Juin 2026, je pars pour les Sables du Cul de Chien pour une séance grossesse. Si j’en parle aujourd’hui, c’est évidemment parce que j’aime profondément ce lieu, mais aussi, et surtout, à cause des incendies qui y ont fait des ravages moins d’un mois après cette séance. J’en ai le cœur serré. Le site est fermé pour un an, et je ne sais pas du tout dans quel état nous le retrouverons.
Alors j’ai envie de lui rendre hommage. À ce coin de la forêt de Fontainebleau que j’ai eu la chance de connaître, et qui me manque déjà.
Un havre de paix en plein cœur de forêt
J’ai découvert cet endroit il y a quelques années grâce à des clients qui habitent juste à côté et qui voulaient y faire leur séance. En arrivant, j’ai tout de suite compris pourquoi ils tenaient tant à cet endroit : cette vaste étendue de sable fin, en plein milieu des arbres, ne peut laisser personne indifférent. On se croirait à la plage, sauf que c’est la forêt de Fontainebleau qui vous entoure. L’atmosphère est douce, on s’y sent vraiment bien.
Et pour les enfants, c’est un cadre idéal ! Ils peuvent courir, grimper sur les rochers, jouer avec le sable.



Cette séance photo grossesse en juin 2026
Mi-juin, j’y ai retrouvé une cliente fidèle. Elle attendait son deuxième bébé, et on avait réfléchi ensemble à l’endroit idéal pour sa séance grossesse. Quand j’ai glissé les sables du Cul de Chien dans les possibilités, elle a tout de suite dit oui. Elle avait entendu parler du lieu par une amie cavalière (elle adore l’équitation) mais n’y était jamais allée.
On y a passé un moment très doux. Elle, son mari, et leur fille aînée découvraient cet endroit pour la première fois. La lumière de juin, chaude et longue. Un ventre rond au milieu du sable et des arbres. Des images que j’aime beaucoup.
On était loin de se douter de ce qui se produirait moins d’un mois après.

L’incendie de la forêt de Fontainebleau / forêt des Trois Pignons de juillet 2026
C’est la dernière séance que j’ai faite là-bas avant le drame de juillet 2026.
Le 12 juillet 2026, les incendies ont ravagé la forêt des Trois Pignons et la forêt de Fontainebleau. Deux mille hectares brûlés. 10% de la superficie de la forêt de Fontainebleau. Selon les dernières informations que j’ai pu entendre, le site est fermé pour au moins un an.
Je vais en forêt plusieurs fois par semaine pour mon travail de photographe, mais aussi régulièrement pour me balader, avec des amis ou en famille. La forêt de Fontainebleau, c’est mon terrain de jeu, mon bureau, parfois mon refuge. Alors quand j’ai appris les incendies, j’ai ressenti quelque chose qui dépasse largement mes intérêts personnels de photographe.
C’est un poumon de nature gravement blessé. C’est la faune et la flore de toute une région qui sont fragilisés.
Je ne veux pas faire un article politique, mais j’ai quand même envie de dire le fond de ma pensée : on parle de réchauffement climatique, de catastrophes naturelles, de conscience écologique depuis des années. Et collectivement, on continue à vivre comme avant. Chacun dans sa petite vie, avec les meilleures intentions du monde et très peu de changements concrets. Je le dis sans me mettre à part, je fais partie de ce “on”.
Ce qui me met en colère, c’est quand ces incendies partent d’actes humains inconscients. Et quand c’est par malveillance, je n’arrive vraiment pas à l’accepter et la colère en moi est immense.



Ce qui reste
Les photos de cette séance de juin sont là, quelque part sur un disque dur. Des images d’un lieu que j’aimais, dans un état qu’on ne retrouvera pas de sitôt.
Je suis contente de les avoir faites. Je suis contente d’avoir emmené ma cliente là-bas ce jour-là, sans savoir que ce serait la dernière fois avant longtemps.
C’est peut-être ça aussi, le sens de ce métier : garder une trace de ce qui existe, avant que ça change..


